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Par longfellow dans RÉCITS le 2 Mai 2012 à 00:03
ÇA VA SAUTER!
Bonjour Nellie,
Te souviens-tu quand, avec les amis, on se plaisait à rire de la dame qui habitait la maison voisine du Cegep? Tu te rappelles! "La Bacquèse" qu'on l'appelait. Si je t'écris, c'est que j'aimerais que tu me fasses parvenir la photo de groupe prise lors de l'excursion en canot-camping durant l'été '74. Ça fait à peine six ans et pourtant, si tu me voyais... Tu ne pourrais pas me reconnaître. Je ne suis plus la petite fille de la photo. J'ai pris du poids, en veux-tu en v'là!
Quand je songe à cette dame qu'on ridiculisait jadis et que je vois mon état aujourd'hui, j'ai honte! Je voudrais me cacher! Si j'étais grassette seulement. Non! Bacquèse je suis à mon tour! Je ne trouve pas ma situation très drôle. Ça fait rire les autres mais pas moi. J'essaie toujours d'en rire, mais à 235 livres (106kg), ça m'en prend beaucoup pour me faire rire. 235 livres réparties sur ma taille de 5 pieds (1m50). Hum! tu vois le "paquet" que j'offre à la vue des gens...
Si tu savais les inconvénients que je rencontre. C'est pas possible. Je ne peux pas aller au cinéma, j'entre pas dans un siège. Ça m'en prendrait deux... ou trois... Tu vois ça d'ici! Même dans la noirceur, je sentirais les yeux se tourner vers moi. J'ai de quoi attirer l'attention, vraiment tout. Je fais le poids comme on dit. Même que j'ai une balance spéciale pour me peser. Les balances standart, je les bousille toutes...
J'aimerais ça de temps en temps aller dîner au restaurant. Encore là, il me faudrait du solide. D'abord, je ne peux m'asseoir sur une banquette fixe, j'étouffe écrasée entre la table et le dossier de la banquette! Avec le surplus qui dépasse, c'est plus que gênant. Tout ce qu'il faut pour couper l'appétit aux convives... Pour me relever ça prend tout mon petit change et l'aide d'une personne forte.
Faudrait que tu vois la figure des chauffeurs de taxi quand ils arrivent pour me cueillir! Je les comprends, je défonce les sièges. La voiture penche drôlement de mon côté quand je monte à bord. Leurs figures deviennent cramoisies! Et ils s'étouffent, incapables d'avaler correctement leur salive... L'autobus, faut pas que j'y pense. On se fait assez brasser que je me retrouverais encore répandue de tout mon poids sur le plancher pas toujours nickel. C'est pas tout le monde qui veut t'aider à te relever. Tous se tassent de crainte d'être écrasés! Ça me suffit après une expérience humiliante. Moi, je ne l'avais pas trouvé drôle du tout. J'y repense et me revois assise sur le plancher au beau milieu de l'autobus bondé de passagers et j'essaie d'en rire. Mais pas moyen de perdre une livre, une seule petite livre...
J'ai dépensé une fortune pour essayer tel régime ou tel autre. Les résultats, toujours les mêmes. J'aimerais ça m'habiller comme toutes les femmes. Rien à faire. Heureusement que je suis habile en couture, je réussis presque toujours à cacher le plus gros. Mais ça paraît encore trop... J'ai fait toutes les boutiques spécialisées pour personnes fortes de taille et je ne trouve à peu près rien qui me convienne. Sauf les chapeaux! Vu que je n'en porte jamais, ça me fait une belle jambe... Faut que je surveille les couleurs, ça frappe déjà suffisamment l'imaginaire sans ajouter une note fantaisiste! Je ne peux plus suivre la mode, c'est seulement pour les femmes à taille de guêpe. Imagine une femme de mon poids dans une robe sac! On dirait bien de moi: "Une vraie grosse folle dans une poche!" Les souliers? Hum! le même problème. J'ai les pieds forts et larges, alors je ne trouve pas toujours chaussure à mon pieds. Je dois me contenter d'espadrilles. Très chic la madame! Les vendeurs me voient venir! Ils ne font pas toujours une grosse vente... Il n'y a pas un talon aiguille qui résisterait. Porter des sabots, quel tapage! Les gens me diraient: "Roule la grosse, ça fera moins de bruit!"
L'été quand il fait très chaud, je payerais cher pour aller à la plage. J'entends déjà les commentaires: "As-tu vu la bouée? Hé! Attention, ça va faire toute une vague! Elle est chanceuse, pas besoin de savoir nager que j'te dis, elle est assez grosse pour flotter!" Ou bien des parents diront: "Hé les enfants! Restez près de la grosse dame, on ne veut pas vous perdre de vue!" Alors... je reste dans ma cour. Personne ne peut me voir. La haie est assez haute pour obstruer la vue aux curieux. Heureusement, parce qu'une fois, j'ai littéralement écrasé une chaise sur ma terrasse. Crac! Le tissu a cédé sous mon poids et je me suis retrouvée prise dans l'armature de la chaise. Deux heures à me démener avant de pouvoir me libérer et... c'est sans compter les bleus! Maintenant, je ne me fie plus qu'aux bancs de bois. Il n'y a qu'au cinéma qu'on s'imagine voir de tels incidents...
Quand je vais dans un endroit public, fait rare, et que je doive téléphoner pour avoir un taxi, quel cauchemar! Tu devrais voir la gymnastique que ça m'impose pour pouvoir entrer dans une cabine téléphonique. Et ce n'est rien à comparer de celle que j'exécute pour en sortir... Ça me prendrait un mobile, mais c'est trop dispendieux pour mon petit budget...
Si tu avais à payer mes comptes d'épicerie, tu ouvrirais grand les yeux. Comme ça me coûte cher! Que veux-tu... C'est un peu ma consolation. Je mange. Je me culpabilise, je m'angoisse et je me calme en mangeant. Alors j'ai presque dit adieu à la taille "raisonnable".' J'ai bien cherché à trouver un mari avant d'être trop grasse. Vu que je louche, les hommes pensaient peut-être que je regardais ailleurs? Et j'avais déjà la courbe assez généreuse pour décourager qui avait bon oeil! Qui maintenant voudrait d'une grosse "nounoune" comme moi pour épouse?
Par chance que j'ai pu garder mon travail dans une pâtisserie. J'ai le physique de l'emploi. Ça fait toute une réclame pour la maison et ce n'est pas le patron qui va s'en plaindre. Encore chanceuse que le comptroir cache le plus gros. C'est ce que j'essaie de me dire quand arrive une cliente. Que je les envie donc ces femmes d'un certain âge qui ont su garder leur taille! Et dire que je n'ai que 26 ans...
Il va falloir que je fasse quelque chose. Je veux me faire opérer pour les yeux à cause de mon strabisme. Ça me fera peut-être voir la vie d'un autre oeil? Sinon, je ne sais pas ce que je vais devenir. Je ne peux plus engraisser. Ça va sauter! Je ne pourrai plus me traîner si ça continue de la sorte...
C'est un peu pour ça que j'aimerais que tu m'envoies la photo en question. Ça me rappellera le temps où j'avais ce qui s'appelle une "taille". Ça me motivera surtout. Je vais faire les démarches pour être hospitalisée. Je pense que c'est la seule solution pour régler mon "gros" problème.
Reçois toutes mes amitiés, Nellie,
La p'tite Nicole, xxx
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Par longfellow dans RÉCITS le 1 Avril 2012 à 13:37
Pour être dans le contexte, il faut avoir lu la première lettre de ce blogue.
JE NE VOUS RENIERAI JAMAIS!
Chers parents,
Je sais, trois mois c'est long... Mais trois mois sur seize ans presque dis-sept, voilà qui est bien court... Et pour vous mon absence semble une éternité.
J'ai commencé à me poser des questions sur mes origines véritables au cours de l'été dernier lors d'une de nos sorties familiales. Mireille est rousse, yeux verts et de taille normale. Moi, blond aux yeux bleus et je mesure 1,87m alors que papa et maman avez les cheveux et les yeux noirs. Et de petite taille en plus... La génétique ne correspondait pas du tout à sa logique...
Je ne considère pas avoir fugué de la maison, ni avoir fui votre présence à vous trois. J'ai quitté pour pouvoir me trouver, me retrouver, me convaincre que ma vie avait un sens malgré tout. Et ça prend du temps à mon âge... Vous savez déjà tout ça.
Apprendre du jour au lendemain que ma mère biologique n'est pas celle que je croyais, que mon père biologique existe et que j'ignore tout de lui comme de ma mère véritable. Il ne m'en fallait pas plus pour me considérer tel un enfant des limbes. Mère étrangère, père étranger, soeur étrangère, enfant étranger à lui-même... Apatride... Comment m'y retrouver?
Au plan légal j'ai un nom, un prénom, un père et une mère. Au plan émotif, affectif et personnel je ne possède plus rien. Je n'ai plus d'identité propre... Voilà la réflection qui a jailli à mon esprit en apprenant la nouvelle. Stupéfaction en quelque sorte même si déjà des questions sans réponses au sujet de mes origines m'avaient effleuré l'esprit.
Je me retrouve alors avec deux pères, deux mères et orphelin plus que jamais! Un non-sens. Un vice de procédure. L'envie d'aller briser quelques vitrines de boutiques ou des vitres d'autos pour me défouler m'a trotté un bon bout de temps dans ma tête toumentée par cette révélation. À quoi bon ajouter des actes de vandalisme alors que mon être se sentait déjà tout saccagé...
Les parents d'un de mes amis m'ont accueilli durant cette escapade nécessaire et ils ne pouvaient laisser planer le doute de ma pésence dans leur famille au risque de me voir quitter pour un endroit plus secret. Ils ont respecter l'entente, en retour de quelques heures de travail dans leur commerce, et j'ai pu commencer à démêler tout ce fouillis intérieur. Mettre de l'ordre dans mes émotions du mieux que je pouvais. Me faire à l'idée que... Seulement de revoir en pensée tout ce qui me trottait dans la tête me rend malade...
Heureusement que la belle saison et la lecture m'apportent un coup de main appréciable. Tout comme cette famille qui a su garder ses questions pour elle. En aucun moment ces gens ne se sont immiscés dans mon conflit intérieur. Témoins, mais discrets et respectueux. À la maison, j'aurais eu l'impression d'être un fardeau pour vous et mon humeur changeante vous aurait blessés. J'ai préféré garder pour moi des répliques cinglantes dont je n'aurais eu le contrôle. Vous connaissez mon impatience...
Ici, quand la pression devient insupportable en moi et pour moi, je n'ai qu'à gravir la montagne derrière la maison et je trouve refuge en forêt dans une petite clairière pleine de sens et de symboles. Cette clairière m'apaise et laisse filtrer quelques rayons de soleil qui l'imprègne d'un mysticisme à la fois troublant et doublement invitant. Je peux y méditer tout en pansant cette dernière blessure au coeur reçue... J'y puise là des réponses que mes livres ou des gens ne peuvent me donner. La nature me parle tellement... Elle m'invite à l'écoute, à l'observation, à la découverte, à l'admiration... Elle amadoue mon coeur sensible et trop perturbé encore.
Je cours vers cette clairière pour y lire, prier, réfléchir, crier, pleurer de rage, d'incompréhension, d'impuissance comme de honte ou pour me complaire dans une misère inimaginable, tristement égoïste. Ayant la tête dure, je ne parviens pas toujours à mettre de l'ordre dans mes pensées parce que la rancune, le désarroi, la peur m'habitent et votre présence me manque. Trop orgueilleux pour rentrer à la maison... Si j'avais mon Skippy avec moi, peut-être que cet éloignement me semblerait moins pénible. De toute façon un chien ça ne dialogue pas. Et ce n'est pas Skippy qui me dirait de rentrer à la maison... Il aurait tant de plaisir dans ce boisé dense.
J'ai commencé mon année au collège grâce à quelques-unes de mes petites entourloupettes. Je ne vais quand même pas négliger ce que j'aime par dessus tout dans la vie... À part vous, évidemment!
Après avoir lu une multitude de livres, deux m'ont fait réfléchir et avoir honte de ma fuite ou ma fugue. De mon éloignement physique imprévu... Deux livres: "Chiens perdus sans collier" de Gilbert Cesbron ainsi que "La vie devant soi" de Romain Gary(Émile Ajar). J'ai noté tout mon quotidien dans un journal de bord. Je vous en lirai des passages quand je serai de retour à la maison. Je compte continuer mon journal le plus longtemps possible. Ça m'aide tellement à évacuer tout ce qui ne va pas en moi que ça vaut le coup de garder cette bonne habitude que vous m'avez apprise entre autres. Les mauvaises habitudes ne viennent pas de vous... Je me demande si... Héritage génétique sans doute...
Sylvain m'a dit que vous vous faisiez du mauvais sang à mon sujet. Je me trouve bien ingrat, mais c'est le prix à payer pour retrouver le Marco que vous avez mis au monde. Je sais, la phrase est dure mais tellement tendre venant de moi que je me pince pour être certain que j'en suis l'auteur. Vous connaissez ma fierté... Le grand parfait... L'indépendant... Le suffisant... Le je-comprends-tout... Le oui-oui-je-connais... L'impatient... Le perfectionniste... Maintenant, je me sens le plus petit des enfants... Je commence à comprendre, tout comme "Momo et Marc" les héros des deux livres dont je vous ai glissé un mot, que ce que vous avez fait pour moi n'a pas de prix. S'il fallait que je vous perde... Je perdrais sans doute la raison... Déjà qu'il faut que je me ramène à la raison et vous êtes toujours là!
J'avais contacté l'organisme "Les Retrouvailles" pour essayer de retrouver mes parents biologiques et j'ai finalement changé d'avis. Pourquoi chercher ce que j'ai déjà? J'ai une mère bienveillante, un père présent, une soeur charmante et Sylvain qui se rajoute à la famille! Que demander de plus? Quand Sylvain m'a appris le tragique accident qui lui a enlevé ses parents, je ne me sentais pas gros dans mes shorts! Je ne savais quoi lui dire pour le réconforter. Je l'ai tout simplement serré dans mes bras et j'ai pleuré avec lui, le véritable orphelin... Lui. il venait de tout perdre etmoi, je me privais de ma famille. Je vous privais de votre fils doublement désiré parce qu'adopté... Dans les bras de Sylvain, tous deux pleurant, le déclic s'est produit: je devais songer à rentrer à la maison. Si jamais je réussis à avoir un infime pourcentage de votre générosité, je pense que ma vie aura un sens véritable.
Pour mes études, tout est déjà planifié. Je m'en vais en service social. Je pense pouvoir apporter une petite contribution à ceux et celles qui ont des bouts "rought" à traverser dans la vie. J'en vis un actuellement et il faut qu'il me serve dans la vie. Et mes origines surprenantes ne sont pas uniques. Plusieurs se retrouvent dans la même situation que la mienne. Et dans des situations pires encore...
Je me relis et je me trouve pas mal fendant... Au-dessus de mes affaires... La vie n'en a pas fini avec moi et des bibittes je pense que j'en aurai d'autres. Mais pour les prochaines fois, malgré mon caractère de cochon, je prendrai la peine de vous parler de ce qui me chicotte avant de faire un pas vers l'ingratitude. Vous m'avez appris à me débrouiller et je me rends compte que j'ai encore pas mal de croûtes à manger pour me permettre de dire: "Me v'là assez grand pour faire mon chemin tout fin seul." J'ai besoin d'un phare et qui d'autre que vous pour m'indiquer les écueils à éviter.
Nous sommes le lundi, 3 octobre. Que diriez-vous si je me pointais à la maison dans une semaine, jour pour jour? Vous croirez peut-être à l'adon, moi pas. En la fête de l'Action de grâces, je ferai ce qui s'avère le plus raisonnable et sensé: "Rentrer à la maison tel l'enfant prodigue". Quand j'ai lu votre lettre que Sylvain m'a remise, tout de suite j'ai pensé à l'enfant... Je sais comment vous allez l'accueillir cet enfant et voilà pourquoi Marco, votre petit Marco, votre grand Marco ne vous reniera jamais.
Je vous embrasse en attendant de vous serrer dans mes bras et d'en pleurer un bon coup. Un peu comme pour me faire pardonner cette absence prolongée et surtout me réconforter, me rassurer. J'aurai toujours besoin de votre amour, de votre tendresse et de votre affection. Ce sevrage imposé va décupler l'amour partagé en famille. Trois mois sur seize ans, c'est beaucoup plus long que je ne le pensais. Pour vous surtout... Je ne voulais pas vous oublier. J'ai plutôt réagi en grand égoïste que je suis... Je sais, j'ai la tête dure... mais le coeur tendre. Comment un gars sensible comme moi a-t-il pu s'absenter aussi longtemps de la maison? Un rien m'émeut et les larmes me viennent à l'oeil facilement... Ne vous posez plus la question. Personnellement, je ne sais quoi répondre. Alors...
Votre fils,
le petit Marco, xxx
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Par longfellow dans le 4 Mars 2012 à 01:52
Je reproduis ici une lettre publiée lors des vacances estivales.
J'espère que ma "paresse" me sera pardonnée... vu le peu de
temps que j'ai à ma disposition de mars à juin...
J'en posterai de nouvelles aussi.
Bonne lecture à tous et toutes.
gilles
LES PAROLES S'ENVOLENT...
Bonsoir Simon-Pierre,
Pendant que tu te fais griller la couenne sous le soleil de Marseille et que dans l'eau de la Méditerranée t'amuses à barboter, moi, la jarnigoine me fais aller. Je mangerais une délicieuse poutine accompagnée d'une slutch à la fraise si ce n'était de la pancetta qui risque de trop m'envelopper. Trêve de plaisanteries, j'attaque le plat de résistance dans mon igloo d'été.
Lors d'un de nos échanges sur mon blogue, concernant une lettre écrite à ses parents par un jeune éloigné de chez lui pour parfaire ses études, tu me demandais presque pourquoi écrire encore des lettres. Tu disais que l'on pense plus à la lettre qu'on aimerait écrire qu'à l'écrire effectivement. Je t'avais répondu que j'avais une lettre, parmi celles que j'avais d'écrites, qui pourrait peut-être éclairer notre lanterne. Donc, c'est par lettre que je te donne mon humble opinion. Lettre retouchée car écrite il y a vingt ans.
Tout d'abord, laisse-moi te dire qu'il y a toutes sortes de lettres. Des lettres d'amour ou d'amitié. Des lettres de remerciements, d'encouragements. Des lettres de sympathies, de félicitations. Des lettres de demandes, de politesses. Des lettres tendres ou dures. Des lettres d'invitations ou d'informations. Des lettres de bêtises comme d'affaires. Etc. La liste pourrait se poursuivre, mais arrêtons là pour les catégories.
Écrire une lettre demande parfois des efforts. Un temps d'arrêt, de réflexion, de partage, d'oubli de soi, de pardon, d'abandon, parfois même d'audace. On tourne en rond en se demandant ce que l'on va écrire à son correspondant. On hésite... Puis l'étincelle jaillit. La longueur de la lettre importe peu, seulement son contenu. Parfois, quelques mots suffisent pour laisser savoir à ceux et celles qu'on aime, oui quelques mots suffisent pour leur signifier qu'on ne les oublie pas.
Avant de continuer, je dois te mentionner que ce système de communication ne date pas d'hier. Ça fait des millénaires que les gens des diverses civilisations en font usage. Tu te souviens de Phidippidès qui courut de Marathon à Athènes apportant un message disant que les Perses avaient perdu la bataille de Marathon. Un message, une lettre rapidement portée à bon port par un homme qui y laissa sa vie. Et la tablette de pierre au ciseau burinée... Le papyrus avec ses signes et dessins incurvés... L'encre de la plume sur papier projetée par auteurs, musiciens ou épistoliers... Puis Gutenberg, précurseur de l'imprimante au laser, de tirer, d'imprimer pour diffuser, pour faire rayonner la musique et les mots... Ici, je ne t'apprends rien. Tu sais déjà tout cela et probablement mieux que moi. Évidemment, aujourd'hui tout est plus facile voire sophistiqué aux services postaux et téléphoniques. Et que dire de la toile informatisée...
Mais une missive restera toujours une missive. La personne qui reçoit une lettre touche le même papier sur lequel son correspondant a pris le temps et la peine de coucher ses mots. L'expéditeur et le destinataire s'unissent par une sorte de communion manuscrite. On peut toujours imprimer un mot reçu sur le Net, mais le papier n'aura pas l'odeur, la saveur, le coeur ni l'âme de la lettre reçue. Quelqu'un, quelque part, de sa main l'aura écrite spécialement pour un être cher... Un être cher tout proche ou très loin dans l'espace et le temps. La lettre se rit du temps et de l'espace. Elle ne veut qu'arriver à destination...
C'est étrange ce que quelques mots écrits sur papier de différentes couleurs et aux formats variés peuvent apporter aux personnes qui les reçoivent. Surprise. Joie. Bonheur. Tristesse. Plaisir. Étonnement. Rires. Larmes. Déception. Amusement. Souvenirs. Réflexion. Encouragements. Découragement. Soutien. Consolation. Confirmation...
Ces feuilles de papier recouvertes d'une écriture vite reconnue permettent de garder contact, de se tenir au courant des nouvelles et des activités de nos proches, de nos amis, de nos connaissances.
On trouve plaisir à écrire une lettre tout autant qu'à recevoir et lire les pensées de ceux et celles qui se souviennent et pensent à nous. Au fil des envois, ça devient une passion.
Quel soulagement et quel stimulant pour la personne hospitalisée que de recevoir une lettre. Un véritable remontant!
Quelle joie et quel bonheur pour la personne âgées bénéficiaire d'un centre d'accueil que de lire des nouvelles de ses enfants éloignés. Une vraie fête!
Quel surprise pour le mari au petit-déjeuner de trouver sur la table, près de son assiette un petit mot de sa femme qu'il lira tout en mangeant. Lui, il traversera sa journée en pensant à elle! Peut-être prendra-t-il le temps de lui écrire au verso de la feuille de papier: "Je t'aime!" Sa femme sera comblée! Les petites attentions de ce genre soudent davantage les liens entre deux personnes...
Tu devrais voir le soldat en mission à l'étranger lorsqu'arrive la distribution du courrier. Enfin, il aura peut-être la chance de lire des nouvelles des siens. Si non aujourd'hui, demain peut-être. Il n'est pas rare d'ailleurs qu'un ou des soldats fassent la lecture à voix haute de la lettre reçue. Comme quoi on veut souvent partager avec ceux et celles qui nous entourent des nouvelles tant attendues...
Et que penser de ces détenus dont c'est pour plusieurs le seul contact avec l'extérieur, avec le monde libre! Pour eux, une lettre n'a pas de prix. Ils sauteront même un repas pour pouvoir la savourer, la goûter seuls, assis sur leur paillasse. Ils oublieront pour un moment leur détention. Toutes les rêveries sont permises avec cette lettre tant désirée et finalement arrivée. Elle allège le temps à purger encore... Elle brise les murs de la solitude...
Quelle réaction peut-on imaginer de parents ouvrant l'enveloppe contenant la lettre promise ou une carte postale inattendue! Des nouvelles écrites par leurs enfants en voyage dans des pays étrangers. Un réconfort! Une attention qui leur va droit au coeur...
Il y a ces étudiants et étudiantes qui pris de nostalgie ont bien hâte de rentrer à la maison une fois la session terminée. Mais la réception d'une lettre de papa, maman, du frère ou de la grande soeur les incite à redoubler d'ardeur. Parfois un montant d'argent accompagne la lettre. Il étonne ou désillusionne...
Que dire alors des photos du dernier-né que l'on fait parvenir à grand-mère avec une lettre donnant toutes les nouvelles concernant l'enfant. Faut voir couler une larme de joie pour se rendre compte jusqu'à quel point cette marque d'attention et d'affection peut la réconforter. Et la hâte qui l'habite de voir enfin ce petit dernier, de le tenir tendrement, amoureusement dans ses bras. De le couvrir de baisers promis et multipliés par l'attente...
Évidemment avec le téléphone et internet la lettre est quelque peu mise au rancart. Mais pas tout à fait.. Il reste des mordus, des irrésistibles qui auront toujours recours à la missive. La lettre crée une complicité qui s'installe entre les correspondants...
Une lettre peut se relire autant de fois que l'on le veut. Quand on la reçoit, on peut ouvrir l'enveloppe et la lire d'un trait... Comme on peut aussi attendre le moment propice pour la lire à son aise. Un peu comme si on voulait retarder le plaisir promis. Prolonger l'attente pour mieux apprécier ce moment privilégié. Un tête à tête... Un coeur à coeur... D'une âme à l'autre...
Aujourd'hui, la lettre ne détonne pas dans le décor. Elle surprend... Tout comme la toile informatisée m'a trouvé... Étonné... Dépourvu... Impatient... Impuissant... Elle m'a ramené au rang des humbles, des petits, des démunis, des fautifs... Je ne voulais pas d'elle... Dans un détour elle m'attendait... Puissante... Patiente... Généreuse... Singulière... Elle m'a fait découvrir le courriel qui étrangement ressemble à la lettre conventionnelle... Ne manque que l'enveloppe timbrée par les postes dûment oblitérée...
Je glorifie la lettre mais ne pas prendre au pied de la lettre tous les mots que j'écris... Je ne fais que m'amuser ou correspondre avec les mots... Les mots tantôt doux... Tantôt durs... Mais toujours les mots... Les mots qu'on veut bien m'enlever de la bouche pour que je les écrive encore et encore... Ces mots bavards, discrets, criants, assassins, rassurants, enquiquinants, interrogatifs, fouineurs, rieurs... Mes mots pour dire sans trop redire... Mes mots que je veux par l'autre reçus avec toute la justesse qui m'est permise... Avec toute l'amitié qui m'est donnée... Mes mots que je livre sortis du coeur et parfois de la raison... Polymnie et Calliope n'étant pas toujours au rendez-vous, un assemblage malhabile en donne une quelconque signification... Mes mots pour richesse... Comme pour pauvreté. D'une lettre à l'autre ce ne sont que des mots... Mes mots.
Comme tu peux le constater ma lettre n'a rien de trop personnel et si jamais le coeur t'en dit, laisse-toi aller et écris-moi un mot. Si court soit-il! Prends-moi au mot... Les paroles s'envolent... Tel un trésor le conserverai... Ton mot!
Un ami,
gilles
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Par longfellow dans RÉCITS le 13 Février 2012 à 04:05
QUE FAIRE?
Bonjour l'avenir,
C'est pas drôle d'avoir un père et une mère qui ont l'âge aquis pour être mes grands parents. De plus, je suis fils unique. Le premier et le tout dernier de la famille. Je ne peux aucunement dire que je sois à plaindre. Cependant, j'ai beaucoup de difficultés à comprendre et à accepter mes parents. Pas que je ne les aime pas! Non... Mais cette différence d'âge entre nous. Presque 45 ans! Quand j'y pense, je me pince pour être certain de ne pas rêver. Pas très fort... Le terrible quotidien a vite fait de me ramener à la réalité.
Imagine, quand je suis né ma mère avait déjà 43 ans et mon père 44 ans. J'étais un enfant désiré, mais ma venue allait perturber la vie de ce couple apparemment sans histoire. Mes parent avaient réussi dans leur carrière respective. Il leur manquait cependant quelque chose. Un enfant. Une sorte de réconciliation. Une sorte de pont entre les deux. Ou peut-être un "diplôme" pour les confirmer dans leur rôle.
J'ai reçu une éducation pointilleuse, doucereuse, mercantile. Pointilleuse de la part des différentes bonnes qui se sont succédées tant à la maison qu'à notre résidence secondaire. Doucereuse de la part de père et mère qui ne me privèrent de rien. Mercantile de la part de leurs relations. Tout se marchandait. Même la vie! J'ai gravité toute mon enfance autour de ces tables et de ces fauteuils où tantôt on parlait d'achats, de ventes, de transactions. Parfois de transactions louches à plusieurs points de vue...
J'ai grandi au travers des montagnes de documents et de factures, parmi les tiroirs de classeurs et entre plusieurs bureaux. Ma mère étant agent d'immeubles et mon père dentiste, une carrière professionnelle se doit de couronner le petit "génie" que je suis à leurs yeux!
J'ai 17 ans et mes parents soixante et plus. Penses-y donc, j'ai une cousine qui est déjà grand-mère! Ça te donne une idée de la parenté. Les enfants de mes cousins et cousines sont plus âgés que moi. Sauf quelques-uns... Mes parents ne m'ont privé de rien, sauf de leur présence. Or voilà qu'il faudrait que je les comprenne et que j'accepte tout ce qu'ils disent. Sans rouspéter. Je leur dis merci pour la vie reçue. Quant au reste...
Où étais-je à 5 ans, alors que les enfants s'amusent dans le sable et qu'une flaque d'eau fait leurs délices? Où étais-je à 10 ans, quand les copains et copines jouaient aux cowboys et indiens? Où étais-je à 15 ans, quand les compagnons faisaient partie d'une équipe de hockey ou se plaisaient à faire de la musique ensemble? Où étais-je?
Toujours dans le cercle des relations de ma famille. Ce cercle sélectif d'où perçaient des réflexions d'adultes. Des agissements d'adultes. Des fantaisies d'adultes. Des défauts d'adultes. J'ai partagé ce monde, ces relations, ces amis, ces associés en affaires, ces professionnels. Voilà mes loisirs, mes sports, mes fréquentations. Ou plutôt leurs loisirs, leurs sports, leurs fréquentations.
Tant et aussi longtemps que tu n'as pas connu autre chose, ça va. Et quand tu découvres du nouveau, des interrogations fusent, des réponses s'imposent! Et si personne ne répond ou daigne te concéder un peu d'attention, tu te rebiffes, te renfrognes, te révoltes.
Où sont les amis que je veux fréquenter? Dans ces salons de la haute finance? dans ces boutiques réservées à la bourgeoisie? dans ces réunions mondaines, hautaines? dans cette salle d'opéra où on n'entend que murmures, rires refoulés... À croire que le spectacle se déroule dans la salle. Navrant! Manque de respect pour les artistes.
Où sont les loisirs que je désire? Dans les classeurs à papa? dans les factures qui s'empilent sur le bureau de maman? dans la bagnole dernier cri? dans le yatch rutilant? dans les îles ensoleillées du Sud? dans les châteaux de la Loire?
Où sont le frère et la soeur que j'ai espérés? Au club de golf de monsieur? à la partie de bridge de madame? aux soirées bénéfices? aux oeuvres de charité? à ce défilé de mode? à ce salon de voitures anciennes?
Où sont les marques d'affection de ma vie carencée? Dans les deux caniches de cette dame, ma mère? dans les collections de pièces rares de monnaies étrangères de ce monsieur, mon père? dans ces valets de chambres et ces boniches qui se plient à mes quatre volontés? dans ces réceptions somptueuses pour le cercle vicieux des relations de commerce? dans ce collège privé? dans cette drogue que je fume pour narguer ces parents alors qu'aucun mot ne disent?
Que faire pour fréquenter ces amis imaginaires? Que faire pour m'adonner à ces loisirs inaccessibles? Que faire pour trouver ce frère, cette soeur brillant par leur abscence? Que faire pour combler ces carences affectives oppressantes au point de suffoquer? Que faire?
J'aurais une solution toute faite: l'argent! Quelle foutaise... Je pourrais m'asseoir et te regarder venir sans m'inquiéter. Pas tout à fait. Je me trouverais mille et une occupations pour ne pas te regarder. Pour t'éloigner le plus possible. Tu me fais peur et j'ai peur. Vraiment peur.
Je vois le travail des ans sur les silhouettes de papa et maman. C'est pas du joli! Même que les esthéticiennes et les chiropraticiens y trouvent petite fortune! C'est tout dire! Si mes parent évaluaient leur fortune aujourd'hui, ils se penseraient très riches. Si tu savais comme je les trouve pauvres, tellement pauvres!
Sauras-tu répondre à mes questions? Sauras-tu me guider? Sauras-tu me donner la force pour supporter mes "vieux"? Sauras-tu me garantir une sagesse prématurée pour combler cette éducation déficiente? Sauras-tu m'apporter des jours ensoleillés pour effacer ce passé ténébreux? Ce passé trop facile et si bête à la fois. Ce passé qui pèse plus ou moins sur la balance de ma vie. Ce passé qui pourrait m'embêter. Ce passé que je veux oublier car je n'ai foi qu'en toi. Toi, toi seul sauras me dire si j'ai eu raison d'y croire. De croire en toi, l'avenir, l'inconnu qui peut m'apporter réconfort. De toute façon, vaut mieux pour moi d'espérer en toi. Comment veux-tu que je m'appuie sur hier?
J'ai l'âme à la poésie, non pas à l'argent maudit!
Demain m'apportera peut-être la réponse!
Émile
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